KINSHASA et BUKAVU, samedi 13 juin 2026. Cinquante-cinq soignants et cadres de santé congolais se retrouvent en visioconférence p our deux heures. Ils ont préparé la séance pendant trois semaines. Le sujet, l’épidémie de maladie à virus Ebola, souche Bundibugyo, qui circule depuis le mois précédent à l’est du pays, a été choisi par eux. Aucun ordre n’a été donné. Aucun per diem n’a été versé. La salle, virtuelle, est tenue par des Ambassadeurs de la Fondation Apprendre Genève.
Ils s’appellent les «Scholars». Ils se connaissent. Ils se sont formés ensemble, sur la plateforme de la Fondation, depuis 2019 pour les plus anciens. Et ils ne se sont jamais arrêtés, ni pendant la pandémie, ni pendant les flambées antérieures.
Cet article rend compte de ce qui s’est dit ce samedi-là.
Mais il pose surtout une question plus simple.
Que vaut, dans une épidémie sans vaccin ni traitement homologué, un réseau de praticiens qui interviennent volontairement, qui sont déjà à l’intérieur des communautés à engager, et qui se sont entraînés mois après mois à apprendre les uns des autres ?
Une séance structurée, tenue par des cadres
L’épidémie circule depuis le mois de mai dans la province de l’Ituri.
Au 11 juin 2026, selon le bulletin officiel publié le 12 juin, le taux d’occupation des centres de traitement Ebola s’élève à 69,7 %.
Sur 419 alertes rapportées, 90 % ont été investiguées.
Les chiffres sont donnés en séance par Joseph Baroani Kikuni Jobacky, expert au ministère de la Santé publique, hygiène et prévention, et inspecteur chef de pôle à l’Inspection générale de la santé.
Dans la salle, on l’appelle Papa Joseph.
L’agenda de la séance est public et il a été suivi.
Une ouverture par les deux Ambassadeurs coordinateurs, Patrice Bamulenga et la Dre Noelly Watusadisi.
Une présentation formelle de quarante minutes sur la communication des risques et l’engagement communautaire, par la Dre Dominique Aleko.
Une présentation formelle d’une demi-heure sur la situation épidémiologique et les enseignements opérationnels de douze épidémies vécues, par Joseph Baroani Kikuni Jobacky.
Un témoignage de terrain de dix minutes depuis Durba, en Ituri, par Pasiko Eza, point focal d’une zone de santé à 14 kilomètres du foyer.
Une intervention institutionnelle de Charlotte Mbuh, directrice des programmes de la Fondation, qui annonce un nouveau cours sur la maladie à virus Bundibugyo coconçu avec des Scholars d’Ouganda et de RDC.
Une session de questions et réponses cadrée par trois questions écrites de Stanis Mutamba, médecin-chef d’un centre hospitalier qui pilote l’organisation de l’événement.
Une clôture qui nomme nommément l’équipe organisatrice et la passe de relais à la conversation continue sur WhatsApp et en visioconférence hebdomadaire.
La séance n’est pas un atelier d’expression libre.
C’est une réunion technique conçue, préparée et tenue par des cadres de santé congolais avec leurs propres outils.
Qu’est-ce qu’un Scholar
Les Ambassadeurs présents ne sont pas un échantillon de convenance.
Sur les 314 Ambassadeurs nommés par la Fondation Apprendre Genève à la fin 2025, 167 résident en République démocratique du Congo.
Pour porter le titre, il faut avoir achevé au moins un programme certifiant de la Fondation, et un cycle d’activation de quatre semaines. La Fondation certifie la contribution, pas la présence.
Le réseau a sa mémoire et sa cadence.
Depuis juillet 2019, les Scholars congolais se réunissent chaque samedi à 17 heures sur Zoom, pour partager les nouvelles d’une zone de santé à l’autre. La conversation s’est étendue ensuite sur WhatsApp et en visioconférence, sans s’arrêter, pendant la pandémie, pendant les flambées Ebola antérieures, et entre les flambées.
La séance du 13 juin n’est pas une exception.
Elle est ce que produit, dans un moment d’urgence, une habitude.
Les voix qu’on y entend portent des titres précis.
Joseph Baroani Kikuni Jobacky, inspecteur général adjoint au ministère.
Dominique Aleko, formatrice en communication des risques, en exercice à Kinshasa.
Marlène Kapinga Mulumba, chef de service à la direction nationale de la formation continue.
Évariste Kayembe, spécialiste des questions de violences basées sur le genre à l’unité de gestion du programme de développement du système de santé, qui a fait mission à Bunia et à Wampara deux semaines après la déclaration officielle de l’épidémie.
Pasiko Eza, point focal de zone de santé, en mission à Durba en Ituri.
Toyi Mirefu, Ambassadeur depuis Bukavu, intervenant dans le monde universitaire et communautaire au Sud-Kivu.
Patrice Bamulenga, qui avait pris le premier micro à Kitambo le 9 mai 2026, lors de la matinée où les Scholars congolais ont célébré leurs dix ans d’apprentissage par les pairs et lancé leur programme commun sur le paludisme.
Aucun ne représente un employeur unique.
Tous ont un employeur.
Et tous travaillent, ce samedi, hors de leur fiche de poste.
La province qui ne s’éveille pas
La séance commence par le Sud-Kivu.
Toyi Mirefu, depuis Bukavu, décrit deux provinces qui ne vivent pas la même épidémie.
« Les gens ne connaissent pas, et ils tombent dans ce qu’on appelle stéréotypes, dans les préjugés par rapport à certaines croyances des maladies. »
Il prolonge.
« Il n’y a pas encore beaucoup de cas enregistrés dans la zone. Les gens ne sont pas éveillés comme dans la province de l’Ituri. En Ituri, à Bunia, dans le Nord-Kivu, les gens sont déjà conséquents et commencent à bien apprendre. Même à l’école, je parlais avec ma soeur qui est à Bunia, elle a dit que c’est sa petite fille de l’école maternelle qui vient avec les mesures préventives. »
Une famille de Bunia, une maternelle, une petite fille qui revient à la maison avec un geste appris en classe.
L’image dit ce que la directive ne dit pas.
L’éducation à la prévention s’attrape là où le risque s’est installé.
Là où il ne l’est pas, la rumeur tient le terrain.
La présentation, le deuil, et la phrase qui justifie le reste
À 13h, Patrice Bamulenga doit annoncer une nouvelle à la salle.
La présentatrice principale, Dre Dominique Aleko, dont l’auditoire s’apprête à entendre la conférence sur la communication des risques, vient d’apprendre un deuil.
« Elle s’est dit que je dois toujours être là, mais entre-temps, elle est en train d’être éprouvée. Au nom des Scholars de la RDC, nous compatissons avec vous, chère madame Marie-Dominique. »
Dans le chat, les condoléances arrivent.
Jérémie Mpata Lumpungu, depuis Tshikapa: « Mes condoléances chère Marie Dominique, et nous compatissons ensemble. »
Marlène Kapinga Mulumba: « Mes sincères condoléances à Madame Marie Dominique et paix à l’âme du feu. »
Dominique Aleko répondra, dans le chat, sans interrompre sa présentation: « Merci beaucoup à tous pour votre compassion, ça nous va droit au coeur. »
Elle parle pendant quarante minutes, sans rien laisser paraître.
Sa thèse tient en une phrase qu’elle énonce dès l’ouverture.
« Si l’individu ne comprend pas le risque, il ne va pas s’engager. Tout ce que vous allez mettre, c’est en dehors. Il ne va pas s’engager, ça ne le concerne pas. »
Le reste découle de là.
La confiance avant l’action.
La rumeur que l’on ne reprend pas, parce que la reprendre c’est l’amplifier.
« Le rumeur, il ne faut pas le prendre du fait. Regarde ce qu’on a dit, vous projetez. Non. Là, vous aidez maintenant à accentuer, à diffuser la rumeur. Répondez par l’action à mettre, pour la bonne information. »
Et le savoir d’usage, qui doit venir d’abord.
« On doit savoir quelle est la vision de la communauté, quelles sont leurs cultures, ils font quoi. Donc on doit les savoir, pour aider, nous maintenant, comme TGLF nous a appris. »
Tenue par une praticienne en deuil, depuis Kinshasa, devant des collègues qui interviennent dans les chefferies Hema et Nyakunde, cette phrase reformule le pacte d’une riposte qui marche.
Douze épidémies dans une carrière
Joseph Baroani Kikuni Jobacky enchaîne.
Il situe d’abord ce qu’il sait.
« Nous sommes à notre douzième expérience depuis 2014, lorsque nous avons commencé à lutter contre l’épidémie en Afrique de l’Ouest, dans le cadre de la solidarité africaine. »
Puis il situe ce que la RDC a accumulé.
« Au-delà de tout, la RDC a totalisé 17 épidémies en 50 ans, à partir de 1976. Par rapport à ce virus dont la souche est Bundibugyo, en termes d’espèces, c’était la deuxième chez nous. La première remonte à 2012. »
C’est la voix d’un homme qui a vu beaucoup de centres de traitement.
C’est aussi celle d’un cadre qui pose un fait technique.
« Même en Afrique de l’Ouest, nous n’avions pas de traitement spécifique. C’était toujours le traitement symptomatique, et nous étions en train de respecter scrupuleusement tous les protocoles, pour la prévention contre les infections, pour la prise en charge, pour l’enterrement digne et sécurisé. »
En l’absence de traitement, c’est le respect du protocole qui a fait tenir.
À l’est, Joseph Baroani Kikuni Jobacky ajoute un pilier que les manuels classent ailleurs.
« Le comble, c’est la réalité de la République démocratique du Congo. Lorsque cette maladie apparaît dans une zone en conflit, à l’est, nous ajoutons les piliers de sécurité. Vous ne pouvez pas effectuer votre supervision sans que les éléments de la sécurité ne vous l’autorisent. »
Une riposte à Ebola dans l’Ituri n’est pas une riposte à Ebola en zone calme.
C’est une riposte à Ebola plus un pilier de sécurité, qui décide qui se déplace, à quel moment, avec quelle escorte.
Les chiffres opérationnels suivent.
« Sur 419 alertes qui ont été rapportées, 90 % ont été investiguées. C’est déjà une bonne chose que nous devons capitaliser. »
« Au jour du 11 juin, publié le 12 juin, nous sommes à un taux d’occupation des centres de traitement Ebola de 69,7 %. »
La voix qui est à quatorze kilomètres de la zone touchée
Pasiko Eza prend ensuite la parole.
Il ne parle pas de Kinshasa.
Il parle de Durba, en Ituri, à 14 kilomètres des bureaux centraux de la zone de santé de Watsa, voisine directe de la zone de santé de Mungwalu qui est, dit-il, « particulièrement touchée de plein fouet ».
« Dès la déclaration officielle de l’épidémie dans la province de l’Ituri, le mois dernier, une psychose généralisée s’est installée au sein de notre population. Face à cette urgence sanitaire, la mobilisation a été immédiate. Les autorités politiques et administratives, les leaders religieux, les professionnels de santé et les relais communautaires avaient intensifié les sensibilisations sur les radios locales. »
Il raconte ce que sa cellule a tenté.
« Avec les amis de Kinshasa, nous avons réfléchi à mettre une application Kobo Collect pour voir les perceptions de la population face à cette épidémie. Une descente sur le terrain a été effectuée, et nous avons prélevé quelques données. »
L’enquête de perception est une opération qu’aucune institution n’a commandée à Pasiko Eza.
Il l’a montée avec « les amis de Kinshasa », d’autres Scholars, sur une application de collecte mobile que la santé publique utilise pour les enquêtes ménages.
Son résultat n’est pas encourageant.
« Les données collectées ont révélé une faille critique. Une part majeure de la population locale demeure profondément sceptique quant à l’existence de la maladie à virus Ebola. »
Le scepticisme persiste à 14 kilomètres du foyer, après un mois de mobilisation, après des sensibilisations sur les radios locales.
C’est précisément le genre d’information qu’un système de surveillance ne porte pas, et qu’un Scholar muni d’un téléphone fait remonter en quelques jours.
L’enterrement et la Croix-Rouge
Marlène Kapinga Mulumba, chef de service à la direction nationale de la formation continue, prend la parole en complément après la présentation de Dominique Aleko.
Elle ajoute un cas que la salle reconnaît immédiatement.
« Il y a deux jours, nous avons reçu l’information que les gens de la Croix-Rouge sont attaqués. Pourquoi sont-ils attaqués ? Nous connaissons nos cultures et traditions africaines, lorsqu’il y a un décès, vous devez assister votre membre. Mais dans le contexte de la maladie à virus Ebola, spécifiquement dans la souche Bundibugyo, vous ne pouvez pas assister. »
Elle décrit la conséquence sans l’enjoliver.
« C’est comme ça qu’il y a une psychose au sein de la population, en disant qu’ils sont en train de mentir. La population cherche à aller prendre le corps, et ça multiplie les cas. »
Elle rapporte ensuite une information qu’elle signale explicitement comme non officielle.
« Hier, j’ai un ami qui est à la DPS à l’est. Il dit qu’ils avaient réceptionné, et ce n’est pas une information officielle, 50 morts. »
Et elle propose, en une phrase, une mesure pratique.
« S’il faut permettre aux membres de la famille d’assister, il faut leur donner l’équipement. »
C’est l’une des phrases les plus utiles de l’après-midi.
Elle reconnaît la légitimité culturelle du deuil.
Elle prend acte de la dangerosité de la souche.
Et elle propose, sans hausser le ton, d’investir dans des équipements de protection qui permettraient à la famille de tenir sa place, sans payer d’autres contaminations.
Aucun participant ne conteste l’idée.
Le laboratoire qui ne pouvait pas voir cette souche
Dr Évariste Kayembe intervient à la fin.
Il a fait, dit-il, le déplacement.
« J’étais personnellement à Bunia deux semaines après la déclaration officielle de l’épidémie. J’étais arrivé jusqu’à Wampara. Notre mission consistait à apporter un appui à la coordination de la riposte sur différents piliers. »
Il pose ensuite un fait qui dit, mieux que beaucoup, ce qu’est l’écart entre les capacités techniques et les terrains.
« Il y avait le défi de la détection, du diagnostic même à poser. Notre organisation avait appuyé la réhabilitation du grand laboratoire de Bunia, avec le financement de la Banque mondiale. Mais le dispositif qui permettait de diagnostiquer, c’était le PCR. Cette souche du virus ne pouvait pas être détectée par ça. Il fallait qu’il y ait les cartouches, le dispositif RADI-1. C’est comme ça que les premières détections ont été faites à partir de l’INRB de Kinshasa. »
Un laboratoire récemment réhabilité, à la bonne adresse, équipé d’un PCR, n’a pas pu voir le virus qui circulait à quelques kilomètres.
Les premiers diagnostics ont dû passer par Kinshasa.
« Notre projet a apporté un appui considérable en renforçant la capacité du laboratoire pour que les diagnostics soient posés localement, avec des laboratoires mobiles, notamment à Mungwalu. »
Il finit par une phrase qui rejoint celle de Dominique Aleko.
« Personnellement, nous sommes allés rencontrer même l’autorité coutumière, le chef de la chefferie Hema, dans laquelle on retrouve la zone de santé de Wampara et les Nyakundes qui ont été beaucoup touchés par cette épidémie. On ne peut pas mener des actions sans impliquer la communauté locale. »
Aller voir le chef coutumier avant de tracer les contacts n’est pas une option.
C’est une étape du protocole, dans cette zone-là.
Ce qu’apporte le bénévolat informé que les déploiements n’apportent pas
À cet endroit du récit, il vaut la peine d’arrêter une question que la séance ne pose jamais, mais qui sous-tend chacune de ses interventions.
Pourquoi ces personnes sont-elles là, un samedi après-midi, sans contrat ni indemnité, à présenter des slides qu’elles ont préparées sur leur temps libre, à signaler que la Croix-Rouge se fait attaquer, à confier une enquête de perception à un collègue qui se trouve à 14 kilomètres du foyer ?
La littérature des deux dernières décennies sur les ripostes Ebola en Afrique de l’Ouest et en RDC apporte une réponse précise.
Dans le suivi de la riposte de 2014 et 2015 en Sierra Leone, en Guinée et au Liberia, les chercheurs constatent que les agents de santé communautaires sont restés actifs dans leurs communautés et ont continué à offrir des services, souvent dans les premiers jours de l’épidémie « sans direction formelle ni rémunération ». La relation, longue, entre ces agents et leurs communautés s’est révélée « significativement plus résiliente que celle des communautés avec les agents en structure sanitaire ». Une revue rapide publiée dans BMJ Global Health en 2020 en tire une conclusion opérationnelle: les rôles des agents communautaires en pandémie doivent être clairement définis, mais la précondition d’efficacité est l’existence préalable du lien, pas son déploiement à chaud.
L’inverse a été documenté dans l’est de la RDC.
L’épidémie de 2018 à 2020 dans le Nord-Kivu et l’Ituri, dont les Scholars congolais portent encore la mémoire, a vu un effort technique massif se heurter à un déficit de confiance. Une étude publiée dans PLOS ONE en 2019 rapporte que 77 % des répondants estimaient que l’épidémie persisterait tant que les communautés locales ne seraient pas engagées, et que les soignants locaux, d’abord disposés à participer à la riposte, se sont sentis « sous-évalués et désengagés » par une coordination perçue comme étrangère. Le différentiel de rémunération entre intervenants locaux et intervenants nationaux ou internationaux a alimenté la suspicion. La confiance, une fois perdue, a coûté plus cher à reconstruire que ce que la coordination avait économisé.
Cette littérature converge avec une recherche parue en 2024 dans BMC Health Services Research, qui formule un principe simple. Les programmes qui emploient et accompagnent les agents communautaires en dehors des crises créent les conditions d’une réponse rapide en cas de crise. L’investissement dans le temps calme se rentabilise dans les semaines tendues.
Le bénévolat informé n’est donc pas, dans ce contexte, un défaut d’engagement professionnel.
C’est sa forme la plus économe.
Il opère hors per diem, donc sans la suspicion qui entoure la rémunération différentielle.
Il s’appuie sur des liens patiemment construits, donc avec un capital de confiance que les équipes parachutées doivent acquérir au cours même de la crise.
Il survit à la coupure d’un financement, parce qu’il ne dépend pas d’un financement.
Et il se déclenche en heures, parce que le réseau existe déjà, et que l’urgence n’a qu’à activer ce qui est déjà tissé.
Ce que ce type de réseau fait, et que les autres modèles ne font pas
Trois capacités, déjà visibles le 13 juin, méritent d’être nommées.
D’abord, une remontée latérale qui passe par-dessus les lignes hiérarchiques.
Pasiko Eza n’a pas écrit un rapport pour sa hiérarchie, qui l’aurait transmis à la coordination, qui l’aurait synthétisé pour les partenaires.
Il a partagé en direct, devant ses pairs et devant la directrice des programmes d’une Fondation indépendante, une donnée d’opinion publique recueillie sur le terrain, en notant la faille qu’elle révèle.
L’information a fait le trajet en deux heures, et elle est entendue par cinquante-cinq personnes en même temps.
Ensuite, une circulation d’expérience entre zones comparables.
Joseph Baroani Kikuni Jobacky ne raconte pas une histoire générique d’Ebola.
Il raconte douze épidémies, dont celle de 2014 en Afrique de l’Ouest, et il en tire le pilier que les manuels classent ailleurs: la sécurité, quand la zone est en conflit. Cela parle à Évariste Kayembe, qui a fait mission à Wampara. Cela parle à Marlène Kapinga Mulumba, dont l’ami à la DPS de l’est rapporte des chiffres qu’aucun bulletin n’a publiés. Cela parle à Toyi Mirefu, qui observe la psychose monter à Bukavu sans qu’aucun cas ne soit déclaré.
Une solution forgée dans une zone atteint, en quelques jours, les zones qui lui ressemblent.
Enfin, une médiation culturelle qui ne s’externalise pas.
Évariste Kayembe a rencontré le chef de la chefferie Hema.
Marlène Kapinga Mulumba propose d’équiper les familles en deuil plutôt que de leur interdire la cérémonie.
Dominique Aleko nomme la rumeur sans la « projeter ».
Aucune de ces démarches n’a été commandée par un partenaire extérieur.
Toutes sont conformes aux orientations techniques de l’Organisation mondiale de la santé.
Toutes ont été décidées, en pratique, par des praticiens qui savent ce que leur communauté entend, et ce qu’elle ne peut pas entendre.
C’est, à peu de chose près, la définition opérationnelle que les chercheurs donnent depuis dix ans de l’engagement communautaire efficace.
La voix de la Fondation, depuis Ébolowa
Charlotte Mbuh prend la parole vers 14h45.
Elle est connectée depuis le Cameroun, comme le 9 mai, lorsqu’elle avait écouté plus de trois heures les Scholars congolais à Kitambo avant de prendre la parole.
Elle dit d’abord la solidarité.
« Au nom de la Fondation Apprendre Genève, nous sommes de tout coeur avec vous. Nous apprécions le travail que vous faites, et nous prions que nous puissions riposter et arrêter très vite la circulation de ce virus. »
Puis elle dit ce que la Fondation ajoute à la dynamique des Scholars.
« En marge de notre programme paludisme, le cours qui a été lancé, paludisme inverser la tendance, nous avons aussi pensé à ce que nous pouvons proposer pour soutenir la riposte à cette épidémie en RDC. C’est une formation sur cette maladie, la maladie à virus Ebola. »
Le lien est partagé en direct dans le chat.
Maladie à virus Bundibugyo : apprendre, agir et se certifier
Partagez votre expérience et apprenez de vos collègues sur maladie à virus Bundibugyo. Apprenez-en plus et inscrivez-vous à cette certification de la Fondation Apprendre Genève : HH-FR-01 Partage d’expérience : maladie à virus Bundigugyo en Ouganda et en République démocratique du Congo
Le cours, coconçu avec des Scholars d’Ouganda et de RDC, ne se lance que lorsque suffisamment de pairs ont rejoint. La Fondation Apprendre Genève a documenté cette logique avec le COVID-19 Peer Hub en 2020 et 2021, où plus de 6 000 soignants ont partagé 1 200 idées de gestion de la pandémie en dix jours, et où la cartographie des plans d’action a permis à des chercheurs de Cambridge de documenter formellement les schémas d’apprentissage entre pays, organisations et niveaux du système.
Ce modèle s’apparente, dans la littérature anglo-saxonne, à celui du Project ECHO COVID-19 Clinical Rounds déployé en partenariat avec le département américain de la Santé entre 2020 et 2021, qui a délivré plus de 58 000 heures-apprenant à des cliniciens dans cinquante États et plus de cent pays. Les auteurs concluent que le modèle d’apprentissage par les pairs est « probablement crucial pour les urgences sanitaires futures dans lesquelles l’information est ubiquitaire mais l’évidence est rare ».
Ce que la Fondation propose, ce samedi 13 juin, n’est ni une formation à distance imposée, ni un déploiement d’experts.
C’est l’activation, pour la souche Bundibugyo, du réseau qui apprend déjà, ensemble, depuis dix ans.
Ce qui ne ferme pas à la fin
À 15h25, Patrice Bamulenga rouvre une dernière fois la salle aux questions.
Dans le chat, Oger Mulange a déposé une demande.
« Pour Mme Dominique, juste savoir qu’est-ce qui se fait actuellement sur le terrain pour lutter contre l’infodémie, avec l’avènement des réseaux sociaux. Pour M. Pasiko, à quel niveau en est-on avec le défi logistique des intrants PCI, y en a-t-il suffisamment ? »
La question des intrants ne reçoit pas de réponse en séance.
La question de l’infodémie reste posée.
Trésor Ntumba Kalonji, depuis Mbujimayi, en a déposé une autre.
« Une question à papa Joseph. Est-ce qu’une personne qui est pendant la période d’incubation peut-elle contaminer les autres ? »
La réponse ne sera pas donnée non plus, faute de temps.
Ces questions ne se perdent pas.
Elles entrent dans la conversation continue qui se tient, depuis juillet 2019, dans les groupes WhatsApp et dans les rendez-vous Zoom hebdomadaires.
Patrice Bamulenga nomme, en clôture, l’équipe qui a organisé la séance, et il ne fait pas semblant qu’elle se limite à lui.
« En dehors de moi, il y a Papa Joseph qui a assuré la coordination de l’organisation sur l’épidémie à virus Ebola. Il était suivi de la docteure Noelly qui était l’adjointe. Il a été accompagné d’une équipe de communication soutenue par Madame Marlène et le collègue Jean-Paul, qui n’est pas avec nous, il est sur le terrain. Aux autres collègues, notamment Dr Stanis, Dr Emmanuel, et tout le monde qui a participé. »
C’est l’inventaire d’un travail qui n’a pas été défrayé.
Ce qu’il y a, dans cette salle virtuelle, pour qui chercherait à appuyer
La séance ne demande rien.
Elle ne quémande pas un financement, elle ne se présente pas à un appel d’offres, elle n’attend pas l’arbitrage d’un comité.
Elle se contente de tenir.
Mais ce qu’elle laisse voir, en deux heures, est précisément ce qu’un partenaire technique ou financier qui chercherait à investir dans la riposte à la maladie à virus Bundibugyo pourrait avoir du mal à reconstituer par d’autres moyens.
Un réseau de cadres et de praticiens déjà à l’intérieur des communautés à engager, reconnus par elles par des années de présence continue.
Une capacité à activer ce réseau en quelques jours, sur un sujet décidé par lui, dans la langue qu’il parle, avec les présentations qu’il prépare.
Une discipline d’organisation qui produit, sans budget ad hoc, une session technique structurée, avec ordre du jour, présentations cadres, témoignage de terrain, questions écrites et réponse formelle.
Une fertilisation latérale entre fonctions et niveaux, qui fait dialoguer un inspecteur du ministère, un spécialiste universitaire en violences basées sur le genre, une chef de service de la formation continue, un point focal de zone de santé et une ambassadrice provinciale, sur le même thème, à la même heure.
Et une mémoire d’apprentissage qui ne disparaît pas avec le projet, parce qu’elle est portée par les Scholars eux-mêmes, qui se sont réunis tous les samedis depuis juillet 2019, et qui ont l’intention de continuer.
Cela ne remplace ni la surveillance épidémiologique, ni les équipes déployées, ni l’écoute sociale formelle.
Cela complète chacune d’elles, en faisant ce qu’aucune ne peut faire seule.
Paludisme : apprendre, agir et se certifier
Partagez votre expérience et apprenez de vos collègues sur paludisme. Apprenez-en plus et inscrivez-vous à cette certification de la Fondation Apprendre Genève : MALARIA-FR-01 Paludisme : inverser la tendance : apprendre de l’expérience des acteurs de terrain
À Bukavu, à Mbujimayi, à Tshikapa, à Durba, à Kinshasa, à Kananga, à Ébolowa, à Genève, le partage continue.
Le samedi, à 17 heures, sur Zoom.
Pour aller plus loin
- Le cours sur la maladie à virus Bundibugyo de la Fondation Apprendre Genève: go.learning.foundation/c/32222.
- Le programme « Inverser la tendance du paludisme »: go.learning.foundation/tglf/c/31996.
- Le rapport « Le paludisme en Afrique: inverser la tendance », Teach to Reach 11: DOI 10.5281/zenodo.18067469.
- La séance du 9 mai 2026 à Kitambo, dixième anniversaire et lancement du programme paludisme: Paludisme à Kinshasa, un réseau national lance le programme inverser la tendance et fête ses 10 ans.
- La cellule congolaise et la réunion hebdomadaire du samedi: We are the ones who are there every day.
- L’histoire incroyable des Ambassadeurs: Scholar one day, Scholar always.
References
- Miller NP, Milsom P, Johnson G, Bedford J, Kapeu AS, Diallo AO, et al. Community health workers during the Ebola outbreak in Guinea, Liberia, and Sierra Leone. J Glob Health. 2018;8(2):020601.
- Bhaumik S, Moola S, Tyagi J, Nambiar D, Kakoti M. Community health workers for pandemic response: a rapid evidence synthesis. BMJ Glob Health. 2020;5(6):e002769.
- Vinck P, Pham PN, Bindu KK, Bedford J, Nilles EJ. Institutional trust and misinformation in the response to the 2018–19 Ebola outbreak in North Kivu, DR Congo: a population-based survey. PLoS One. 2019;14(9):e0223104.
- Smith T, Mughal F, Sansone V, Banks J, Maden M, McManus E, et al. Community health workers’ dissemination of COVID-19 information and services in low- and middle-income countries: a scoping review. BMC Health Serv Res. 2024;24:663.
- Lewis R, Lamb J, Hilty D, Kjellin H, Smith P, Ange B, et al. Facilitating real-time, multidirectional learning for clinicians in a low-evidence pandemic response: Project ECHO COVID-19 Clinical Rounds. Disaster Med Public Health Prep. 2023;17:e347.
- The Geneva Learning Foundation. Le paludisme en Afrique: inverser la tendance. Teach to Reach 11, rapport « Écouter et apprendre » n° 19, édition française. Genève: The Geneva Learning Foundation; 2026.
- Sadki R. Paludisme à Kinshasa, un réseau national lance le programme « Inverser la tendance » et fête ses 10 ans. 2026 May 11.
- Sadki R. Scholar one day, Scholar always: inside the last-mile global health network that runs on trust. 2026 Mar 12.
- Sadki R. We are the ones who are there every day: how a global network of health workers is closing the last-mile gap. 2026 Feb 25.
- The Geneva Learning Foundation. The COVID-19 Peer Hub as an example of collective intelligence in practice. 2023 Sep 7.
